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Femmes, sciences et innovation : un message porté par le prix Irène Joliot-Curie

Valentina Emiliani, directrice de recherche à l’Institut de la Vision, a reçu le prix Irène Joliot-Curie de la femme scientifique de l’année. À la tête d’une équipe interdisciplinaire, elle revient sur ses travaux de recherche à la croisée de la physique et des neurosciences, et sur la portée de cette distinction.

Comment avez-vous accueilli ce prix Irène Joliot-Curie, qui vous distingue comme femme scientifique de l’année ?

C’est avant tout une grande reconnaissance scientifique. Ce prix donne une visibilité précieuse à notre équipe et à nos travaux, en particulier parce que nous menons une recherche très interdisciplinaire. Or, l’interdisciplinarité est à la fois une force et un défi : elle rend parfois plus difficile l’identification à une communauté scientifique unique. Être reconnue par un prix de cette ampleur permet justement de rendre ces travaux plus lisibles et plus visibles.

Mais ce prix a aussi une dimension symbolique forte. Il valorise les parcours féminins dans des domaines encore très masculins, comme la physique ou les technologies. Montrer que ces parcours existent, qu’ils sont possibles et qu’ils aboutissent, est essentiel pour encourager les jeunes femmes à s’engager dans la recherche scientifique.

 

Pouvez-vous nous présenter vos travaux de recherche ?

Je suis physicienne de formation et j’ai créé l’équipe Microscopie de modulation du front d’onde, aujourd’hui installée à l’Institut de la Vision. Notre équipe compte une trentaine de personnes et réunit physiciens, ingénieurs, biologistes et neurobiologistes. Notre objectif est double : développer de nouvelles méthodes optiques très avancées, et les utiliser pour étudier le fonctionnement des circuits neuronaux impliqués dans la vision.

Nous cherchons à comprendre comment les neurones communiquent entre eux, comment l’information visuelle est traitée depuis la rétine jusqu’au cortex visuel, et comment ces circuits s’organisent dans l’espace et dans le temps.

 

En quoi la physique et la photonique sont-elles essentielles à ces recherches ?

Pour comprendre un circuit neuronal, il ne suffit pas de l’observer : il faut aussi pouvoir interagir avec lui. Aujourd’hui, grâce à l’optogénétique et à l’imagerie optique, nous pouvons à la fois visualiser l’activité des neurones et la contrôler avec la lumière, de manière très précise.

Nous développons des microscopes capables de cibler une cellule unique, à quelques micromètres près, et d’agir à l’échelle de la milliseconde. Cela nous permet de reproduire fidèlement l’activité naturelle des circuits neuronaux et d’étudier leur organisation fine. Cette précision est au cœur de nos travaux et constitue l’une des principales reconnaissances apportées par le prix.

 

Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes filles pour les encourager à oser des études scientifiques ou médicales, sans s’autocensurer ?

Il ne faut pas s’arrêter aux stéréotypes ni au manque de confiance, qui est souvent le principal frein. Les sciences et la médecine ont besoin de toutes les compétences et de toutes les sensibilités. La mixité est aujourd’hui une vraie richesse : elle apporte des regards différents, complémentaires, essentiels notamment en recherche et en interdisciplinarité. Il y a de la place pour tout le monde. Si la passion est là, il faut la suivre et ne pas avoir peur.