Quand le foie rencontre le cerveau, une aventure scientifique née d’une rencontre et portée par un environnement exceptionnel

Au départ, comme toujours, une rencontre.

Dans les couloirs de la Pitié-Salpêtrière, une hépatologue passionnée par les maladies graves du foie croise un neuro-réanimateur attiré par les encéphalopathies.
Deux univers, une même intuition : derrière les maladies chroniques du foie, il existe un monde de troubles neurologiques et neurocognitifs encore trop mal compris. Et surtout, des patients dont les symptômes méritent mieux qu’un simple constat clinique.
De là naît ce qui deviendra le BLIPS (Brain Liver Pitié-Salpêtrière Study Group), aujourd’hui internationalement reconnu sur l’encéphalopathie hépatique. Une aventure scientifique… et profondément humaine.

Une révélation en Inde

Quand deux cliniciens participent pour la première fois au congrès de l’ISHEN (International Society for Hepatic Encephalopathy and Nitrogen Metabolism), en Inde, ils sont encore de parfaits inconnus. Mais la claque scientifique est immense : trente ans de recherche, des concepts complexes, et une certitude naissante - il y a un champ immense à explorer.
De retour à Paris, ils mobilisent autour d’eux : neuroradiologues, biochimistes, neurométaboliciens, hépatologues, neurologues, neuropsychologues, réanimateurs, anesthésistes, ingénieurs… Une équipe jeune, motivée, curieuse, portée par l’effervescence de la Pitié-Salpêtrière, « maison de Charcot » et lieu emblématique des neurosciences.

Dans les services cliniques et au centre de recherche Saint-Antoine, la recherche s’organise.

Les services d’hépatologie, de neuroréanimation et le centre de recherche de Saint-Antoine accueillent les premières études. Les protocoles s’enchaînent, les idées fusent, les collaborations se multiplient. Très vite, les travaux du groupe attirent l’attention : des publications originales, une approche clinique nouvelle, et une question centrale qui s’impose.
Et si le cerveau des patients atteints de maladies du foie n’était pas seulement victime… mais déjà fragilisé avant l’apparition de l’encéphalopathie ?

La « réserve cérébrale », un concept qui change tout

Ce concept, bien connu des neurologues, devient l’une des signatures du BLIPS. La réserve cérébrale, c’est l’état de santé du cerveau avant que la maladie hépatique n’apparaisse : comorbidités, vulnérabilités, antécédents, génétique … autant de facteurs qui modulent l’expression de l’encéphalopathie.
Cette idée - simple en apparence - transforme la manière d’évaluer et de traiter ces patients. Elle influence même la réflexion internationale sur la définition de l’encéphalopathie hépatique.

Quand l’ingénierie s’en mêle : diagnostiquer par la voix

L’équipe élargit ensuite son terrain de jeu en s’associant à la Faculté des Sciences et d’Ingénierie. Avec l’aide d’ingénieurs spécialisés, elle développe des outils innovants d’analyse automatique de la voix.
Objectif : repérer des signes subtils d’encéphalopathie à partir de la parole, au lit du patient, de façon non invasive. Ce croisement entre médecine, neurosciences et intelligence artificielle devient rapidement une identité forte du groupe.

Douze ans plus tard : une reconnaissance internationale

Le temps a passé, douze années de travail intense, de nuits passées sur les manuscrits, de discussions animées, de doutes parfois. Mais aussi douze années de rencontres, de collaborations internationales, d’étudiants formés et de projets menés avec passion.
Aujourd’hui, le BLIPS est reconnu dans la communauté internationale. Au dernier congrès ISHEN au Canada, ils étaient six représentants : neurologues, hépatologues, réanimateurs, neuropsychologues. Et surtout, une annonce qui marque un tournant : le groupe organisera le prochain congrès mondial, en France, en 2027, avec à la clé une possible nouvelle nomenclature internationale issue en partie de leurs travaux.

Une aventure scientifique… et profondément humaine

Derrière les publications et les congrès, il y a les patients, les échanges quotidiens, les intuitions partagées, les débats parfois passionnés. Et cette conviction : la médecine, la vraie, avance quand des équipes croisent leurs mondes, mélangent leurs cultures, et osent sortir des frontières disciplinaires. Sorbonne Université est le terreau idéal pour cela !
La carrière hospitalo-universitaire offre cet espace unique où la clinique nourrit la recherche, où la créativité scientifique peut s’exprimer, et où la compréhension d’une maladie permet d’améliorer concrètement la vie des patients.

Prs Dominique Thabut1,2,3 et Nicolas Weiss1,3,4, pour le BLIPS*


1  Brain Liver Pitié-Salpêtrière (BLIPS) Study Group,
2  AP-HP, Sorbonne Université, Service d’hépato-gastroentérologie, hôpital Pitié-Salpêtrière
3 INSERM UMR_S 938, Centre de recherche Saint-Antoine, Maladies métaboliques, biliaires et fibro-inflammatoire du foie, Institute of Cardiometabolism and Nutrition (ICAN)
4  AP-HP, Sorbonne Université, Médecine Intensive Réanimation, Institut de Neurologie, hôpital Pitié-Salpêtrière

* Membres du BLIPS 2025 et collaborateurs : Dominique Thabut, Nicolas Weiss, Lyes Kheloufi, Marika Rudler, Philippe Sultanik, Sarah Mouri, Charlotte Bouzbib, Raluca Pais, Clara Modolo, Jeremie Gautheron, Chantal Housset, Louis Puybasset, Damien Galanaud, Vincent Navarro, Christophe Junot, François Fenaille, Fanny Mochel, Luc Haudebourg, Ludiwine Rubal, Arno Marcilloux, Mohammed Chetouani, Jean-Luc Zarader, Yara Ibrahim, Weichen Wang.