Relation de soin : un fil rouge de la formation, jusqu’aux ECOS

À Sorbonne Université, la relation de soin n’est pas un module isolé : elle constitue un véritable fil conducteur, de la deuxième à la sixième année de médecine. Ateliers progressifs, jeux de rôle, interventions de patients, évaluations dédiées… et désormais, une vignette spécifique aux ECOS : tout est pensé pour former les étudiants à une médecine fondée sur l’écoute, la coopération et l’adaptation au patient.

La relation de soins : un enseignement structuré, obligatoire et pleinement intégré au parcours de formation

Dès la deuxième année, les étudiants bénéficient d’un accompagnement sur leurs premiers pas à l’hôpital : posture professionnelle, présentation au patient, collaboration avec les équipes paramédicales. Chaque année, les ateliers proposés par le département d’enseignement de la Relation de Soins gagnent en complexité : préjugés en santé, maladies chroniques, annonces difficiles, situations de tension avec les patients ou les familles. En sixième année, des mises en situation évaluatives permettent d’identifier d’éventuelles difficultés relationnelles et de proposer un accompagnement personnalisé.
Cette progression reflète une conviction forte : les compétences relationnelles se construisent dans le temps, au même titre que les compétences cliniques.

L’évaluation des compétences relationnelles pleinement intégrée aux ECOS

L’un des marqueurs forts du dispositif est son intégration aux Examens Cliniques Objectifs Structurés (ECOS). À chaque session facultaire, une vignette est spécifiquement consacrée à la relation de soins. Elle est élaborée par le département de la relation de soins, puis travaillée et validée en collaboration avec le groupe ECOS de Sorbonne Université. Ces vignettes mettent en scène des situations cliniques complexes, telles que le refus de soins, la non-observance thérapeutique, l’annonce d’un diagnostic difficile, ainsi que des thématiques sociétales majeures comme la contraception ou l’endométriose.
Ces vignettes sont préparées avec un soin particulier afin d’assurer cohérence et réalisme. Elles permettent d’évaluer la posture, la capacité d’écoute, l’argumentation, la gestion de l’incertitude ou du désaccord, autant de compétences essentielles à l’exercice médical contemporain.
L’intégration systématique de cette dimension relationnelle aux ECOS envoie un message clair : la qualité du soin ne se limite pas à la technicité ou à la justesse diagnostique.

L’enseignement « Théâtre et relationnel » : analyser et dépasser les obstacles à la relation de soins

Les premières expérimentations autour de mises en situation avec des acteurs remontent à 2017. L’objectif était alors de tester une nouvelle manière d’enseigner la relation médecin-patient, en sortant des jeux de rôle entre étudiants en médecine, souvent jugés moins naturels.
Depuis 2021, l’enseignement « Théâtre et relationnel » est devenu obligatoire en troisième année. Il se déroule sous la forme d’un atelier de quatre heures, organisé en petits groupes de 12 à 14 étudiants, permettant à chacun de se confronter à des situations réalistes:

  • retard important en consultation,

  • absence de résultats attendus,

  • refus d’examen ou d’hospitalisation,

  • non-observance thérapeutique,

  • réticence face à un traitement après lecture d’informations trouvées en ligne.

L’enjeu n’est pas d’évaluer les connaissances médicales, mais la capacité à entrer en dialogue. Pourquoi un patient refuse-t-il un examen ? Qu’est-ce qui nourrit sa crainte ? A-t-il peur des effets secondaires, vécu une mauvaise expérience, été influencé par un documentaire ou des informations circulant sur Internet ?
Les étudiants sont encouragés à questionner, à reformuler, à chercher les freins réels, et à construire avec le patient une solution adaptée à son mode de vie et à ses attentes. Cette approche s’inscrit pleinement dans l’évolution sociétale actuelle, marquée par des patients mieux informés, plus exigeants, et désireux de participer aux décisions.

Une pédagogie collaborative et exigeante

Les mises en situation reposent sur des scénarios écrits et travaillés en amont avec les équipes pédagogiques et les intervenants du Cours Florent. Les acteurs incarnant les patients sont formés spécifiquement aux enjeux médicaux et aux objectifs pédagogiques des séances. Une part d’improvisation demeure le jour J, afin qu’ils puissent s’adapter à la communication de l’étudiant et rendre l’échange vivant, crédible et au plus près de la réalité d’une consultation.
Le travail ne s’arrête pas à la scène. Les acteurs participent activement aux débriefings, en partageant leur ressenti « côté patient ». Cette parole, formulée avec bienveillance et précision, permet aux étudiants de mesurer l’impact concret de leurs mots, de leur ton, de leur posture et de leur communication non verbale.

Une évolution portée par une nouvelle génération

Toutes les facultés n’ont pas encore développé un enseignement aussi structuré de la relation de soin. La question des moyens humains et organisationnels joue un rôle important : ces ateliers mobilisent de nombreux enseignants et demandent un investissement conséquent.
Mais le mouvement semble s’inscrire dans une dynamique plus large. Les nouvelles générations d’étudiants manifestent déjà une forte sensibilité aux enjeux d’équité, d’inclusion et de démocratie en santé. Ils interrogent davantage, discutent plus volontiers les décisions, et envisagent la relation thérapeutique comme un partenariat.
Comprendre la maladie est indispensable. Mais comprendre la personne malade, ses représentations, ses peurs, ses contraintes sociales ou culturelles, l’est tout autant.
C’est dans cet équilibre entre rigueur scientifique et qualité relationnelle que se dessine une médecine plus collaborative, plus consciente des évolutions sociétales — et résolument tournée vers le patient.


Lien vers un reportage de RFI sur le lien entre le cours Florent et le groupe relation de soin : 
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/priorité-santé/20251216-les-accidents-de-la-main-prévenir-les-dangers-et-soigner-les-blessures