World Brain Health Forum : structurer une ambition mondiale pour la santé cérébrale

Du 14 au 16 janvier 2026, l’Institut du Cerveau a organisé à Paris le World Brain Health Forum, réunissant près de 80 intervenants internationaux et plus de 1 000 participants à l’Institut du Cerveau, à la Maison de l’Unesco et à l’Académie des sciences. Entretien avec la Pr Stéphanie Debette, directrice générale de l’Institut du Cerveau.

Quels étaient les enjeux du World Brain Health Forum ?

Les maladies du cerveau constituent l’un des principaux défis sanitaires et sociétaux du XXIᵉ siècle. En Europe, 165 millions de personnes vivent avec un trouble neurologique ou psychiatrique, pour un coût estimé à près de 800 milliards d’euros par an. À l’échelle mondiale, plus d’un tiers de la population sera concerné au cours de sa vie.
Mais l’enjeu dépasse le champ médical. La santé cérébrale conditionne le capital humain : éducation, capacité d’innovation, productivité, cohésion sociale. Elle est au cœur de la soutenabilité économique et démocratique de nos sociétés. Bien que les ressources mobilisées restent encore limitées par rapport aux défis et aux opportunités qu’elle représente, renforcer le lien entre science et instances décisionnelles apparaît indispensable. Nous devons ainsi consolider l’interface entre la science et les politiques publiques, afin que les données scientifiques guident les décisions stratégiques au plus haut niveau.
Le Forum répondait à ce besoin de mobilisation et de convergence. Il s’agissait de réunir scientifiques, décideurs publics, organisations internationales et acteurs économiques afin de repositionner la santé cérébrale comme priorité stratégique globale. À la Maison de l’Unesco, nous avons accueilli notamment Son Excellence Ban Ki-moon, 8e Secrétaire général des Nations Unis, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, et Khaled El-Enany, directeur général de l’Unesco. Leur présence a traduit une reconnaissance claire : la santé cérébrale relève à la fois de la santé publique, du développement et de la stabilité des sociétés.


Que retenir des travaux menés durant ces trois jours ?

Un double constat s’est imposé. D’un côté, une accélération scientifique sans précédent : progrès en neurosciences, en génomique, en imagerie, en intelligence artificielle, développement d’outils de prévention et de diagnostic plus précoces. Nous disposons désormais de leviers concrets pour transformer la compréhension et la prise en charge des pathologies cérébrales.
De l’autre, un déficit d’intégration. Les avancées scientifiques ne produiront leur plein impact que si elles s’inscrivent dans des stratégies coordonnées, intégrant prévention tout au long de la vie, équité d’accès aux soins et articulation entre recherche, systèmes de santé et politiques publiques. Cet événement a reflété une ambition commune : adopter une approche holistique de la santé cérébrale, au-delà des silos traditionnels, mais artificiels, qui cloisonnent et fragmentent les problématiques. Le Forum a permis de croiser ces perspectives et de faire émerger une vision systémique.

Quelles suites donner à cette dynamique ?

Nous sommes à un moment charnière. Il était essentiel, pour l’ensemble de la communauté réunie, de traduire les constats et les solutions présentés lors du World Brain Health Forum en mesures concrètes, directement mobilisables par les acteurs concernés. La dernière journée a ainsi abouti à l’élaboration d’un Framework for Action for Brain Health, un cadre structurant destiné aux gouvernements et aux institutions internationales. Les progrès scientifiques et technologiques rendent désormais possible une transformation ambitieuse de la santé cérébrale, à condition d’organiser une coopération efficace et globale.
 

Ce cadre vise à renforcer l’investissement durable dans la recherche et l’innovation, à promouvoir des politiques ambitieuses de prévention et à favoriser une meilleure coordination entre acteurs académiques, cliniques et économiques. L’enjeu est désormais de transformer cette mobilisation en actions tangibles et mesurables. Faire de la santé cérébrale une priorité mondiale est une condition du progrès humain au XXIᵉ siècle : c’est investir dans le capital intellectuel, social et démocratique de nos sociétés.


Propos du Pr Debette recueillis par Marion Doucet